Habiter le long du chemin du Roy

Habiter le long du chemin du Roy

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Le chemin du Roy évoque une série d’images champêtres où les champs cultivés et les bâtiments anciens se succèdent. L’agriculture a ouvert le paysage vers le fleuve Saint-Laurent et les battures. Si la vocation agricole s’y perpétue encore, ce paysage rural est en voie de mutation profonde. Comme ailleurs au Québec, l’évolution des pratiques agricoles augmente l’échelle des fermes et modifie les bâtiments agricoles et l’organisation des cultures. Mais, la proximité de Saint-Augustin avec Québec fragilise l’agriculture puisque la banlieue gagne du terrain. Désormais, de nombreuses résidences permanentes jalonnent le chemin du Roy augustinois. Les anciens chalets se font rares, abandonnés puis, remplacés par une nouvelle résidence au goût du jour.

Sur quoi repose cette ambiance de paysage rural qui nous est chère ? La vocation agricole y est précieuse pour préserver l’architecture distinctive des bâtiments agricoles, maintenir des vues vers le fleuve ou vers la falaise et conserver les érablières et les boisés de ferme. Le chemin du Roy recèle quelques exemples d’anciens bâtiments, rénovés avec succès par la préservation de l’architecture caractéristique, de ses matériaux typiques, de ses ouvertures (portes, fenêtres, lucarnes), de ses éléments en saillie (galerie, perron, solarium) et d’ornementation.
L’intégration harmonieuse d’une nouvelle résidence pose un tout autre défi. Afin de maintenir le caractère champêtre du chemin du Roy et d’y créer un développement résidentiel distinctif, certaines solutions mériteraient d’être employées. L’espacement entre les résidences, le retrait des résidences par rapport à la rue, leur orientation et leurs proportions (hauteur et superficie au sol) ont une influence déterminante sur le maintien de ce paysage à caractère rural. De même, le respect des gabarits et des pentes de toit, l’emploi de matériaux d’aspect naturel et de modèles de portes, de fenêtres ou d’ornements qui s’apparentent aux formes anciennes constituent des facteurs gagnants d’une bonne insertion résidentielle.

La végétation feuillue, la topographie naturelle et la diversité des vues forgent aussi l’identité du chemin du Roy. L’emploi de la pierre naturelle ou la conservation d’une pente existante gagne à remplacer les murets en interblocs. Le maintien d’espaces naturels ouverts connectés à la route, la plantation de végétaux feuillus et la conservation des grands arbres contribuent à son charme rural.

Le paysage n’est pas le décor où se déroule la vie des individus, mais l’étoffe même qui les enveloppe. Il peut devenir une référence commune pour bâtir une culture et une nature partagées. La conservation des éléments naturels, la maîtrise des espaces ouverts et fermés, la qualité architecturale des bâtiments, résidentiels, de villégiature et agricoles, et des aménagements paysagers et leur compatibilité avec le caractère rural du chemin du Roy, voici l’art d’habiter cette voie royale augustinoise.

Annie Lebel, biologiste et chargée de projets de la FQPPN
Chantal Prud’Homme, architecte paysagiste, consultante
Photo : Chantal Prud’Homme