Habiter la rive du fleuve

Habiter la rive du fleuve

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Habiter le long du fleuve, c’est avoir le privilège de vivre dans un des paysages emblématiques de la région de Québec. Le corridor navigable du fleuve, ses terrasses, ses escarpements, ses boisés d’intérêt et les différentes manières d’occuper ses rives forgent l’identité des paysages de Québec et de Saint-Augustin.

Plusieurs éléments d’intérêt distinguent les abords du fleuve à Saint-Augustin. Le chenal longe un haut-fond dont la batture conditionne la relation de la rive augustinoise avec le fleuve. Une terrasse de profondeur variable borde le fleuve. Aux limites de Neuville, elle s’étend sur une profondeur de 400 à 600 mètres, puis se rétrécit à partir de l’anse à Maheu en une mince bande inférieure à 100 m. Une érablière sucrière riveraine, d’une superficie de 13 hectares, établie sur des dépôts humides, prolonge les milieux boisés du parc du Haut-Fond. Elle représente une grande rareté écologique dans la région de Québec en raison des espèces qu’on y trouve comme le noyer cendré et l’érable argenté. D’autres érablières et des peuplements forestiers mélangés de plus de 70 ans occupent les bords du fleuve.

Depuis la colonie, la manière d’habiter les rives de Saint-Augustin évolue. Un moulin banal se construit en 1671 à la décharge du lac Saint-Augustin et une chapelle en bois dessert la première mission en 1694. Le centre religieux se déplace en 1720 à l’anse à Maheu avec la construction d’une église en pierres. L’augmentation progressive de la population, l’expansion de la paroisse sur le plateau et les difficultés de se rendre à l’église de l’anse, surtout lors des crues printanières, conduisent à l’érection de l’église actuelle à partir de 1809. Dorénavant, les foyers de peuplement établis au bord du fleuve se déplacent sur le plateau et les habitants se concentrent autour de la nouvelle église. L’espace riverain au fleuve et le long du chemin du Roy devient rural et agricole.

Au début du XXe siècle, l’attrait du fleuve y amène de la villégiature. Des familles natives de Saint-Augustin possédaient ou possèdent encore un chalet au bord du fleuve. On repère des chalets typiques des années cinquante, par leur petit gabarit et leur organisation en secteurs compacts égrenés au bout d’une série de chemins privés. Mais, cet ancien milieu de villégiature se transforme graduellement en une banlieue résidentielle depuis la dernière décennie. Des chalets se rénovent, certains deviennent habités à l’année et plusieurs terrains sont occupés par des résidences de plus en plus grandes. Habiter le long du fleuve en respect des qualités du milieu devient un véritable défi afin de protéger la rive, le couvert d’arbres et de créer des secteurs où s’harmonisent les bâtiments entre eux. La conservation des éléments naturels existants, la naturalisation des espaces dénudés par des végétaux indigènes, l’implantation judicieuse des résidences avec un gabarit et une architecture appropriés au milieu permettront de perpétuer le charme indéniable du paysage fluvial augustinois.

Chantal Prud’Homme, architecte paysagiste, consultante.
Crédit : Chantal Prud’Homme