Les empreintes paysagères du régime seigneurial

Les empreintes paysagères du régime seigneurial

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Le 400e anniversaire de Québec connecte avec l’époque de la colonisation européenne du continent et inspire le thème de cette chronique sur les paysages augustinois, dédié à l’héritage légué par le régime seigneurial.

Entre 1608 et le milieu du 18e siècle, plusieurs milliers de français quittent leur pays à la recherche de liberté. La Nouvelle-France s’organise selon le mode du régime seigneurial qui divise le vaste territoire en seigneuries. Pour favoriser le peuplement de la colonie, les devoirs du seigneur exigent de concéder des lots à des colons, nommés censitaires, et de construire un moulin à farine. En contrepartie, le censitaire doit défricher la terre, y construire sa maison et oeuvrer à la construction et à l’entretien des chemins.

Le cadastre typique du régime seigneurial subdivise le territoire en longues terres étroites, perpendiculaires au fleuve. Ce cadastre favorise l’accès au fleuve au plus grand nombre de colons. Les lots sont desservis par des rangs parallèles au fleuve et les rangs reliés par un chemin de desserte. Les habitations se construisent sur la ligne de front de chaque rang formant un habitat aligné. À Saint-Augustin, plusieurs axes routiers rappellent l’époque du régime seigneurial. Le chemin du Roy, première route carrossable au Canada, marque aussi le premier rang de la seigneurie et est ouvert en 1716, alors que la route 138, nommée aussi la route d’Aiguillon, correspond au deuxième rang. L’absence d’habitation le long du chemin Girard témoigne de son rôle de chemin de desserte. Deux monuments commémorent les premiers établissements augustinois : le long du chemin du Roy, une plaque rappelle la première chapelle de 1694 et près de la côte à Gagnon, une croix marque l’emplacement des vestiges de la première église de pierres. Les familles Rochette, Racette, Desroches, Gaboury et Côté occupent toujours la terre de leur ancêtre fondateur de Saint-Augustin.

Le chemin du Roy livre la lecture d’un paysage typique du régime seigneurial, particulièrement entre les limites de Neuville et le chemin Girard. On y trouve la maison Quézel, un rare témoin du régime français, caractéristique par son architecture et sa façade orientée vers le fleuve. On aime le chemin du Roy pour son charme avec son tracé étroit et sinueux, ses ponts de bois, ses clôtures de perche, ses quelques vergers et la présence de vieux alignements d’arbres, ses anciens bâtiments, et ses points de vue sur les champs en culture. Qu’est devenu cet ancien rang « Bordeleau » ? Environ quatre-vingts bâtiments, associés à des fermes, y ont disparu. Le développement malmène son paysage champêtre, le couvre de bornes-fontaines et d’une ligne électrique aérienne, rectifie son tracé en ligne droite, élargit sa chaussée et ses fossés, ou le borde de résidences qui s’harmonisent peu à son caractère.

Saint-Augustin représente le premier jalon du chemin du Roy qui s’étend jusqu’à Montréal et qui est reconnu comme axe patrimonial et touristique. Il appartient aux augustinois d’en protéger l’héritage et l’inscription dans le paysage.

Annie Lebel, biologiste et chargée de projets de la FQPPN
Chantal Prud’Homme, architecte paysagiste, consultante